NPA 86

De la violence dans les quartiers populaires à Poitiers

vendredi 19 août 2016 par redac-npa86

L’article de la Nouvelle République en date du 18 août 2016, sur les tensions entre la police et jeunes des quartiers populaires à Poitiers est somme toute dérangeant. Il est dérangeant pour au moins trois raisons.

La première sous forme de question : pourquoi ce choix de citer des noms des protagonistes ? Dans le cas d’espèces, si on cite les noms des jeunes, pourquoi pas ceux des policiers ? Ces jeunes ont écopé de peines d’emprisonnement pour violences et menaces de morts. Nous ne pensons pas que les violences individuelles soient une solution pour qui que ce soit, et il faut les bannir. Mais pour quelle raison les jeunes les ont-elles commises ? Quel a été le rôle de la police ? La BAC, réputée pour sa violence et le harcèlement des jeunes qu’elle orchestre (et encore plus les jeunes racisés) ne doit elle pas être condamnée elle aussi ? Enfin, les trois jeunes disent qu’ils n’ont pas commis les actes qu’on leur reproche, il y a donc un doute qui plane. Il faut aussi préciser que parmi les protagonistes cités par le journal, nous y retrouvons des mineurs. Quoi qu’il en soit, et bien que nous ne connaissons pas les jeunes cités pour le cas précis, il faut s’attendre à d’autres violences dans les quartiers suite à l’action même de la police qui pousse à la réaction...

La seconde raison qui couple avec la première tient au fait que cette article nous apparaît comme une communication institutionnelle (la police), plus qu’une information qui détaille l’ensemble des tenants et des aboutissants de la situation.

Une dernière raison - et pas des moindres - nous interpelle quant à cette idée sous tendue dans cet article que les quartiers populaires de Poitiers seraient devenues des zones dangereuses où les policiers y ont peur pour leur vie. Un climat délétère de tension et d’insécurité comme de montée de la violence serait en train de structurer ces quartiers. Loin de nous l’idée de vouloir minimiser des actes de violences gratuits si ces derniers sont avérés (souvent les violences ne sont que des réactions, voir plus haut), mais on ne peut laisser entendre que l’ensemble des quartiers populaires seraient des espaces de violences intrinsèques parce que ce n’est pas vrai tout simplement.

La tension sociale dans ces quartiers est plus massive que la tension sécuritaire. Ces ZONES de relégation pour utiliser l’expression consacrée, vivent dans un dénouement économique sans précèdent. La crise économique du capitaliste frappe d’abord les plus faibles avant de s’attaquer aux étages supérieurs de la société. Sur les raisons qui expliquent le fait de « squatter » le quartier, rien ; rien non plus sur le fait que ces gamins sont relégués économiquement par des dispositifs de discriminations organisés, dont la police via les contrôles au faciès et de façon non justifiée, participe à les conforter. Rien sur le fait que si des tensions existent, elles ne peuvent émaner que des deux côtés (police et jeunes). Rien sur le fait que les politiques localement comme nationalement, ne s’intéressent à ces quartiers que pendant les élections. Rien sur le fait que les travaux saisonniers des organismes publics et des collectivités sont réservés aux enfants des salariés, et donc sans doute pas à une bonne partie d’entre eux, à la vue des chiffres du chômage dans les quartiers populaires. Rien pour finir sur le fait qu’une vraie politique de justice sociale assurerait davantage de respect et de vivre-ensemble entre les habitants, que de la communication policière.

Mais cet article participe du climat nauséabond qui traverse l’ensemble de la société française. Cette stigmatisation et cette indexation des quartiers populaires laisse entendre que c’est « Mohamed », « Said », etc. qui construisent ces situations d’insécurité jusqu’ à mettre en danger notre « chère » police. Pourquoi ne pourrions nous pas interroger la police notamment sur la relation qu’elle entretient avec les jeunes et plus généralement avec les habitants de ces quartiers ? Cela à l’heure notamment des violences policières de plus en plus fréquentes. Le nombre de tués par la police ne cesse de nous glacer le sang (pensées pour Adama Traoré). Pourquoi devrions-nous croire les forces de l’ordre, et la justice d’État qui juge systématiquement en faveur des policiers tueurs, sur parole ?

Dans tous les cas, seule la réponse politique peut permettre un apaisement des tensions car elle déplacerait les tensions physiques qui mettent tout le monde en danger et les jeunes eux même sur des débats politiques et sociaux. Mais cette réponse politique si elle existait, ne peut reprendre le cadre patriarcal du type « SOS racisme » et « Touche pas mon pote ». Cette approche condescendante et post-coloniale doit être reléguée aux oubliettes. Faire de la politique c’est permettre à ce que des espaces d’échanges et de discussions puissent se faire. Des espaces où ces jeunes et les habitants de ces quartiers pourront faire de la politique. Il faut que les quartiers populaires se représentent eux-même, sur les bases de l’émancipation sociale.

Sourabad S. et Alex R.


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