NPA 86

État policier : face aux violences, construisons la lutte de masse

dimanche 18 septembre 2016 par redac-npa86

Depuis des mois, et le début de la mobilisation contre la loi travail, les violences policières sont de plus en plus présentes et visibles. Le gouvernement, à l’aide de l’État d’urgence, créé, petit à petit, les contours d’un État policier. Aujourd’hui, le droit de manifester – à Paris est dans quelques autres villes - est clairement remis en cause : les dispositifs policiers empêchent de se déplacer librement pour aller en manifestation, plusieurs fouilles sont organisées... Puis, une fois dans le cortège, on se retrouve purement et simplement « nassés », c’est-à-dire pris au piège de la police qui encercle l’ensemble du parcours.

Il est devenu compliqué de manifester sans prendre du gaz lacrymogène, quelques coups, ou même sans être dans la trajectoire d’un canon à eau. Nous avons affaire ici à un recul démocratique évident, la démocratie bourgeoise tenue par le PS semblant ne plus tenir compte des gardes-fous du pouvoir.

Dans ce contexte, une riposte unitaire et rapide doit avoir lieu. Elle doit être portée par l’ensemble de celles et ceux qui manifestent ou seront emmenés à le faire : l’intersyndicale, les partis de gauche, les associations et collectifs engagés dans des luttes diverses et variées (sans-papier, droit des femmes, écologie, démocratie, LGBTI, antifascisme..., etc). On ne peut pas se laisser enlever le droit de manifester librement sans rien faire. S’il y a bien un moment où les sectarismes des uns et des autres doivent rester à la porte des différentes paroisses, c’est maintenant, puisqu’il y a danger, il y a urgence.

La violence dans la lutte

Suite à la manifestation du 15 septembre, deux images ont fait le tour des médias et des réseaux sociaux. D’abord l’image d’un manifestant ayant perdu l’usage d’un œil suite à une violence policière, une de plus... Mais aussi l’image d’un policier en flamme suite au jet d’un cocktail en feu. On peut dire aisément que la deuxième image rappelle que « qui sème le vent, récolte la tempête ». Que des jeunes en viennent à effectuer ce genre d’actes contre les policiers est logique et explicable. Néanmoins, cela ne représente pas une solution politique pour nous. Pour plusieurs raisons, cet acte-là - isolé, ultra-violent, dangereux et sans répercussions politiques positives – n’aide pas à une politisation de masse sur la violence de l’État et du système, mais surtout, n’apparaît pas comme une violence défensive, bien au contraire. Et c’est la cas de toutes les « gueguerres » avec la police.

Notre camp social, la jeunesse, les travailleurs, les chômeurs, subissent des violences à chaque instant de leur vie. C’est cela qu’il faut mettre en avant – comme l’a fait Olivier Besancenot - lutter pour la prise de conscience que la violence vient du système, expliquer que, face à cela, nous devons nous organiser, convaincre autour de nous, faire bloc en nombre, et nous défendre lorsque nous sommes attaqués, le cas échéant. Mais les attaques individuelles ou quasi individuelles de petits groupes qui pensent faire trembler l’État en frappant un flic ne font pas uniquement passer le message que les flics sont violents : ils font aussi passer celui qui dit que nous le sommes aussi. Or, ce n’est pas le cas. La fin ne justifie pas les moyens. C’est une des leçons de l’Histoire et des échecs des expériences révolutionnaires. Nous ne devons utiliser la violence qu’en dernier recours, comme quelque chose qui nous dégoûte, qui nous fait mal. La violence, même face à des ordures fascistes, doit être réfléchie collectivement, pas imposée par quelques personnes.

Notre émancipation doit être guidée par des valeurs à l’opposée des valeurs capitalistes : égalité, liberté, solidarité, amour, respect, paix. Une victoire politique n’est pas toujours signe d’émancipation. Et une victoire politique qui place la violence et les armes comme des fétiches ne fait que déplacer le prisme de l’aliénation. En fait, il ne devrait rien y avoir de jouissif pour des révolutionnaires – ou proclamés tels – à voir brûler un flic. S’il faut un jour, pour une raison ou une autre, blesser un adversaire, ou même aller plus loin, cela doit rester l’exception, et doit rendre mal. Il n’y a rien de socialiste dans l’épanouissement par la violence : cela est hérité des pires travers machistes et sexistes. Qui plus est, la violence, qui peut apparaître comme plus efficace pour bien des gens, ne l’est pas sur le long terme. Elle a plutôt un rôle de cercueil de la pensée.

Pour en finir avec l’État capitaliste, et le capitalisme, on ne fera pas l’économie de la lutte pour le pouvoir politique. Oui, les policiers et l’institution policières (idem avec l’armée), sont les bras droit de l’État. Oui, ces derniers sont les premiers à être sur le chemin de notre émancipation. Il faut en finir avec ces institutions, comme il faut modifier totalement l’Éducation nationale, qui joue aussi un rôle de maintien de l’ordre étatique. Toutefois, nous devons convaincre, discuter, gagner la population à ces idées, pas imposer notre pensée par des actes minoritaires et « minorisants ».

Brûler un flic ne fait pas partie de nos méthodes. Nous laissons aux institutions policières et militaires ces méthodes fascisantes. Là, tout de suite, maintenant, il faut regrouper nos forces pour dire STOP aux violences dans nos quartiers, STOP aux violences dans nos manifs, les policiers n’ont rien à faire ici. Faisons le ménage, organisons-nous, et vite !

AR


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