NPA 86

Pour nos écoles : état policier et austérité. Par Manon Labaye

jeudi 29 septembre 2016 par redac-npa86

Depuis la rentrée scolaire, de nouvelles mesures sécuritaires sont prises dans nos écoles. Comme mère de deux jeunes enfants, et conseillère municipale à Poitiers, je peux voir les méfaits et les inquiétudes que suscitent la politique du PS, qui mêle état d’urgence sécuritaire et politiques d’austérité.

Lors d’une intervention au conseil municipal de Poitiers le lundi 26 septembre, je suis intervenue à ce sujet. Vous trouverez mon intervention complète sur la page facebook du NPA Poitiers-Vienne, publication du 27 septembre.

En partant de cette intervention, je propose ici de revenir sur le basculement en cours vers l’état policier (avec, toujours, l’austérité), via l’exemple de l’école.

La Mairie de Poitiers, chaque année, augmente les tarifs de la cantine et de l’accueil périscolaire de 2%... Nous rappelions notre opposition à l’augmentation des tarifs de restauration scolaire et de l’accueil périscolaire qui augmentent les inégalités et mettent toujours les mêmes familles en difficultés financières alors que la gratuité pourrait être une solution, au moins pour les familles les plus démunies.

Nous souhaitons aussi que les enfants aient dans leurs assiettes des produits bio et locaux.

Je profitais dans le même temps de cette intervention sur les écoles pour interpeller les élus et la population sur les mesures de sécurité qui ont été mises en place à la rentrée à Poitiers :

* Le temps d’accueil du matin a été réduit à 10 minutes alors qu’il était de 20 minutes pour certaines écoles maternelles.

* Les Atsem sont à la grille et pas dans la classe et laissent donc la/le professeur-e seul-e avec 30 enfants. De plus, cela ne fait pas partie de leur mission.

* Le système d’interphone n’est plus suffisant et des visiophones vont être rajoutés.

* Lors de la garderie du soir, il n’est plus possible de rentrer dans les bâtiments et dans le même temps on demande aux parents de ne pas créer de rassemblements devant les écoles.

On voit bien là les limites de la politique d’austérité. Le manque de moyens pour les collectivités locales ne permet même pas :

  • 1. d’avoir suffisamment de personnel (ce qui n’est pas nouveau, et est à mettre en lien avec les coupes budgétaires au niveau national, impliquant un manque d’enseignants, ayant pour conséquence - par exemple - des classes d’enfants de 3 ans à 30...), les classes ne sont pas adaptées pour autant d’élèves et quand il n’y pas assez de place sur les bancs ou les chaises il suffit de demander aux enfants de s’asseoir par terre !
  • 2. d’équiper correctement les établissements (pourtant, la municipalité vient de mettre en place de la vidéo-surveillance dans la ville, au détriment d’autres investissements publics).

En parallèle de cela, sont organisées dans les écoles maternelles et élémentaires, à la demande de l’Éducation Nationale, des simulations d’attaques terroristes en plus des exercices d’incendies. Quel est le but de tous ces dispositifs, si ce n’est de renforcer un climat de peur permanent, de paranoïa collective, qui font que les groupes terroristes (que nous combattons évidemment, est-il besoin de le préciser ?) tel que Daesh gagnent un peu plus chaque jour puisque nous devons organiser nos vies en fonction de leurs actes potentiels ? De plus ce climat sécuritaire augmente le racisme et l’islamophobie au bénéfice des plus réactionnaires. Enfin, et malheureusement, si une attaque arrivait sur une école, ces exercices ne seraient pas d’un grand secours : une fois encore, le sécuritaire ne rime même pas avec efficacité. Il serait plus utile de s’attaquer à la racine du problème et de se demander pourquoi aujourd’hui des jeunes (ou moins jeunes) s’engage dans des groupes obscurantistes et terroristes.

Tout ceci est en lien avec la mise en place par la mairie de Poitiers des « parcours citoyens » (à Poitiers, Claeys est plus hollandiste que Hollande lui-même) où l’on propose, entre autre, aux professeurs des écoles, de faire découvrir à leurs élèves le métier de policier. En somme d’organiser des ateliers citoyens avec des représentants de la police nationale et de la police municipale. C’est là les conséquences de l’idéologie « républicaniste » du 1er ministre, qui apporte l’état policier jusque dans nos écoles.

On peut supposer, à la vue des réactions des autres élus du conseil municipal de Poitiers, que le métier de policier sera glorifié, qu’on ne les présentera que comme les héros qui arrêtent les terroristes, font respecter les lois, aident les autres... Bien sûr on ne parlera pas des violences policières contre les salariés qui défendent leurs droits. On ne parlera pas du harcèlement envers les jeunes de quartiers. On ne parlera pas des policiers qui ramènent des sans-papiers aux frontières et vident les squats. On ne parlera pas des policiers qui s’en prennent à une dame âgée qui proteste pacifiquement contre l’abatage d’arbres dans son quartier.

Quel est l’intérêt pédagogique de ces propositions ?

À la suite de mon intervention au conseil municipal, la véracité de mes propos a été mise en évidence par l’intervention de l’élu FN, expliquant que, lorsqu’il était policier, il allait dans les écoles parler de son métier aux enfants. Juste après, le même élu faisait un parallèle entre terrorisme et immigration, invoquant la nécessaire lutte « contre le cheval de Troie » qu’est l’immigration. Car on le sait, la police et la gendarmerie sont majoritairement constituées de personnes votant à droite, et même très à droite, comme le prouvent de nombreuses études, dont celle-ci.

De son côté, l’élue de droite, avant de rendre un vibrant hommage aux policiers, y est allée de son propos sexiste, ne comprenant pas comment une femme « au si joli prénom que Manon », puisse, dans le même temps avoir des propos si désagréables. Pour elle, une Manon, c’est-à-dire une femme, jeune de surcroît, c’est un peu là pour fermer sa gueule.

Nous alertons sur cette nouvelle dérive mise en place dans nos écoles, qui n’apporte aucune sécurité aux enfants, aux enseignants et aux personnels. Plutôt que le sécuritaire, l’école a besoin de plus d’enseignants, de plus d’éducateurs, de plus d’animateurs, d’une vision plus horizontale de l’éducation, de mettre au centre de son projet l’égalité pour tous.

Les élèves, parents d’élèves, professeurs et personnels « valent » mieux que ce modèle d’éducation qui pâtit de la casse continuelle des services publics, au profit d’une économie néo-libérale.

Quelle école voulons nous pour nos enfants ? Pour nous, l’école devrait permettre l’apprentissage de la vie en collectivité, de la solidarité et d’un esprit critique. Une école qui respect le rythme des enfants, où il n’y aurait pas plus de 20 élèves par classe. Une école qui serve à l’émancipation, au rejet des discriminations afin d’échapper aux logiques de l’individualisme et de la compétition.

Plutôt que de se renfermer, nous pensons qu’il faut justement que l’école soit ouverte, ouverte aux familles, ouverte sur la ville, ouverte sur les quartiers pour en faire un vrai lieu d’échange et de partage.

Manon Labaye, conseillère municipale à Poitiers,

Le vendredi 30 septembre.

Pour aller plus loin.

Suite à cette intervention, Manon Labaye a reçu plusieurs messages de soutien et de remerciements. Tenir tête à une telle assemblée n’est pas chose simple...

Voici deux réactions dans la presse locale.

7 à Poitiers Violences policières et immigration au menu du soir

Centre Presse Vous avez demandé la police ?


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