NPA 86

Réflexions et perspectives du NPA 86 après le 1er tour

samedi 29 avril 2017 par redac-npa86

Mettre toutes nos forces pour construire du collectif, une conscience de classe.

« Ni rire, ni pleurer, comprendre » Spinoza

Le plus triste avec cette élection présidentielle, c’est que le résultat du premier tour – désastreux – était prévisible et, donc, ne créé pas d’onde de choc. Il n’y a pas de mobilisations de masse (hormis quelques sursauts dans la jeunesse) contre l’arrivée du FN au deuxième tour et l’élimination de la gauche. Place est faite au trouble, aux remises en question, à la difficulté de tirer les bilans. C’est pourtant à cette tâche que nous nous livrons ici : essayer de voir le bon et le moins bon de cette campagne, et en particulier de celle menée par le NPA. Mais aussi dans l’ensemble sur celles des gauches. Puis insister sur la caractérisation du FN, pour déterminer notre politique contre cette organisation d’extrême-droite.

Mais l’intérêt de cette contribution est aussi de voir plus loin, et de préparer les jours et semaines à venir. D’abord, justement, en avançant des pistes d’un antifascisme conséquent. En mettant l’accent sur les nécessaires luttes sociales et écologistes à préparer si Macron l’emporte. Puis, enfin, en discutant politique, car le luttisme ne peut faire lieu de politique : il est nécessaire de voir comment affronter les droites, et le néolibéralisme ; et dans une autre mesure d’analyser le phénomène de populisme à gauche presque hégémonique électoralement dans cette présidentielle.

1. Nous ne pouvons commencer un bilan sans parler de notre propre campagne. Le résultat est fort décevant (1,1% pour environ 400.000 voix). Nous étions un certain nombre à penser faire plus, à la lumière des prestations de Philippe Poutou et des retours très positifs sur les marchés et dans les entreprises. Nous avions sous-estimé la force du vote utile pour Mélenchon (qui nous absorbe une majorité de nos sympathisant-es). Le dernier débat télé, et l’attentat survenu à quelques jours du premier tour, ont également dû nous affaiblir (tout en renforçant Le Pen).

Déception donc. Mais cette déception ne concerne pas vraiment la campagne en elle-même : nous avons su défendre l’idée de prendre nos affaires en main, de la démocratie directe, du partage des richesses, d’une gauche anti-autoritaire. Notre programme sous forme de livret a été bien apprécié et fût un excellent support. La campagne a sans doute pêchée sur deux aspects toutefois : l’absence de la question du pouvoir, et le caractère parfois peu politique (en terme de perspective de société). Mais l’écho était quand même là sur l’essentiel (la reconstruction d’une conscience de classe). Nous espérions faire plus de 2%. Mais sans doute des graines vont-elles germer. Il faut pour sûr tenter de faire fructifier notre message par des engagements militants dans les prochaines semaines.

2. Plus largement en revanche, en sortant de notre propre milieu, le résultat est une catastrophe. La gauche rassemblée de l’extrême-gauche à la social-démocratie de Hamon, en passant par le néo-populisme de Mélenchon ne réalise que 25% (sans compter le vote blanc et l’abstention active, mais cela reste marginal avec 80% de participation). Un quart seulement de l’électorat a voté pour un parti « ouvrier », bien qu’il faudrait, de plus, relativiser le terme de parti ouvrier pour Hamon (le PS) et Mélenchon (qui réfute lui-même cela pour parler du « peuple »). Cela donne 75% des voix pour des partis bourgeois, dont plus de 20% pour l’extrême-droite d’obédience fasciste. Il faut être sectaire jusqu’à l’os pour voir ce résultat comme positif. Certes, le PS s’effondre, il pâtît de toutes les attaques contre le monde du travail et de la jeunesse qu’il a mené. Mais cet effondrement ne renforce qu’une composante de gauche, celle, néo-populiste, de Mélenchon (19%), ayant bénéficié de nombreux votes utiles. L’extrême-gauche stagne, le courant de Hamon ne représente presque rien. C’est Macron qui l’emporte… et Le Pen. Et les perspectives avec une gauche radicale à 20% ne sont pas forcément bonnes quand on voit l’hégémonie électorale de Mélenchon qui refuse de construire un mouvement démocratique et pluraliste, rassemblant les différentes traditions militantes. C’est là qu’on voit le piège du vote utile : alors que Mélenchon ne se qualifie pas pour le second tour (ce que l’on peut regretter mais qui était, somme toute, très prévisible) il a désormais le leadership, à gauche. Lorsque l’on connaît son sectarisme et sa mégalomanie, on ne peut que s’inquiéter pour la reconstruction d’une gauche de combat qui doit être LA principale opposition au gouvernement qui sera mis en place le 7 mai. Et nous ne parlons pas là des désaccords politiques de fond avec lui (politique internationale, keynésianisme, Etat, migrants, etc.), lire sur le sujet ce texte : https://npa2009.org/arguments/polit...

3. Se pose alors la question du second tour. La déclaration de Philippe Poutou (https://poutou2017.org/actualite/de...) argumente sur les principaux enseignements du premier tour, et en particulier l’absence au 2nd tour des deux principaux partis de la Vème République (LR et PS). Il invite également à poursuivre une démarche unitaire : « À toutes celles et tous ceux qui ont refusé de voter ou à qui on refuse le droit de vote, à celles et ceux qui ont voté Mélenchon en pensant faire un vote de rupture, à celles et ceux qui ont voté LO, nous tenons à dire ce soir que plus que jamais, nous avons besoin d’une nouvelle force pour nous représenter : un parti qui représente nos intérêts, un outil pour nos luttes quotidiennes, pour en finir avec le système capitaliste, pour porter le projet d’une société débarrassée de l’exploitation et de toutes les oppressions. ». Cette démarche est essentielle pour reconstruire une expression politique de masse pour les exploités et les opprimés. Nous y reviendrons dans les prochains points.

L’autre vecteur déterminant du 2nd tour est la présence du FN. Pour la deuxième fois sous la Vème République, ce parti d’héritage fasciste (que l’on peut qualifier de post-fasciste) est en passe de prendre le pouvoir (même si ses chances en 2002 étaient quasiment absentes). Il est nécessaire de rappeler que, même si la politique menée par les néo-libéraux (comme Macron) peut renforcer la menace fasciste (renforcement de la crise sociale, écologique, démocratique), le FN est un parti à part (https://www.contretemps.eu/le-dange... ), bien plus dangereux que Macron pour nos libertés fondamentales (même si celles-ci sont déjà attaquées par les partis bourgeois - LR et PS - traditionnels). Nous ne tirons pas un trait d’égalité entre Le Pen et Macron. S’il est vrai que les deux sont à combattre, nous ne qualifions pas Macron de fasciste. Le fascisme a des particularités racistes, homophobes, sexistes, et autoritaires. Pour nous c’est clair, le FN est un ennemi mortel, principal ennemi à combattre. Aussi, il est utile de rappeler ces lignes de Trotsky dans Comment vaincre le fascisme ? : « Si l’un de mes ennemis m’empoisonne chaque jour avec de faibles doses de poison, et qu’un autre veut me tirer un coup de feu par derrière, j’arracherais d’abord le revolver des mains de mon deuxième ennemi, ce qui me donnera la possibilité d’en finir avec le premier. Mais cela ne signifie pas que le poison est un ’moindre mal’ en comparaison du revolver. ». Cela ne veut pas dire que nous donnons une consigne de vote stricte. Nous respectons toutes formes de luttes contre le fascisme (y compris le bulletin Macron). Mais le plus urgent est de bien déterminer les différences de natures entre nos adversaires politiques, leurs niveaux de dangerosité et les urgences militantes qui en découlent.

4. Quelles tâches, donc ? Disons que pour tout-e militant-e antifasciste conséquent, la priorité, aujourd’hui, est de faire reculer le Front National et ses idées. Car c’est notre pire ennemi. Dire cela ce n’est pas uniquement répondre à des exigences morales. La lutte contre le FN fait partie de la lutte des classes. Oui, pas une voix ne doit aller au FN. Mais, comme la culpabilisation ne fait pas une politique, il nous faut agir. En agissant pour le rassemblement, l’unité dans la rue contre le poison post-fasciste. En ce sens, le 1er mai est un rendez-vous crucial : il est entre les deux tours de la présidentielle, et c’est un moment historique de lutte internationaliste des travailleur-ses. Et quoi de mieux que l’internationalisme prolétarien pour faire reculer la gangrène brune ? C’est bien en reprenant la rue ensemble, en défendant un programme politique écologiste, social, féministe, internationaliste, antiraciste, démocratique, anticapitaliste… que nous pourrons convaincre que le FN est nuisible à notre camp, à notre collectif social. Etre autour d’une table entre différentes tendances politiques ne permettra pas de faire l’unité. L’unité se fait dans l’action, en agissant, en défendant des causes communes par en bas, entre militant-es et citoyen-nes. C’est notre urgence démocratique à nous contre le FN : prenons la rue ! Et nous nous donnons les moyens, en tant que militant-es politiques, de défendre nos positions avec nos tracts, nos analyses, nos banderoles et slogans. L’unité ce n’est pas s’effacer dans une fausse neutralité, c’est au contraire mélanger les traditions, les différences, pour nourrir un collectif pluraliste et démocratique, où chacun-e à voix au chapitre, droit au désaccord, droit à l’expression publique.

5. Et, prendre la rue, spécifiquement contre le post-fascisme, c’est un moyen d’y reprendre goût (à la lutte). Parce qu’il va y avoir des milliers de raisons de faire grève, de manifester, de résister, une fois que l’on aura dégager Le Pen, et que le banquier Macron sera aux commandes du pays pour mener ses contre-réformes néo-libérales. C’est déjà lui qui nous avait mis dans la rue avec la loi qui ne porte pourtant pas son nom, la fameuse loi El-Khomri. Nous n’avons aucune confiance en Macron, et n’avons de toutes façons aucune raison d’avoir confiance en lui à la lecture de son « programme ». Cet homme, qui a récupéré toute une classe politique vieillissante et opportuniste (Hue, Bayrou, Valls, De Rugy, etc.) représente le contraire de ce qu’il dit être. Non, il n’est pas « neuf ». Non, il ne peut utiliser le mot « révolution ». Oui, c’est un politicien professionnel, entouré de politiciens professionnels. Lui, et ses amis, ne nous représentent pas. Ils font parties de ce monde que nous rejetons. Dans la continuité de la campagne de Philippe Poutou, nous pensons qu’il faut dire que la politique ne doit pas être un métier, qu’il faut interdire le cumul des mandats, instaurer la possibilité de révoquer un élu tout en instaurant, dans le même temps, la proportionnelle intégrale. La démocratie bourgeoise, contrairement à ce que pense Macron, n’est pas notre idéal. Nous défendons une autre démocratie, directe, dans les quartiers, les entreprises, les lieux d’études, et dans la société. Socialement et écologiquement, nous avons aussi un programme radicalement anticapitaliste, que nous continuerons à porter dans les luttes (https://poutou2017.org/programme/pr...). Nous serons des militant-es moteurs dans les luttes à construire, pour résister, mais aussi pour rappeler qu’un autre monde est possible.

6. Des camarades et sympathisant-es nous posent la question de notre attitude lors des législatives qui viennent. Le NPA au niveau national ne pourra certainement pas présenter des candidatures dans l’ensemble des circonscriptions, pour des raisons financières.

Dans la Vienne, nous n’écartons aucune possibilité, et déciderons de notre position aux législatives dans les prochains jours. Nous appelons donc dans un premier temps à une souscription : il faut renflouer nos caisses pour que l’argent ne dicte pas notre politique. Nous devons décider démocratiquement de nos choix, sans contrainte. Faites-nous un don en cliquant ici : https://souscription.npa2009.org/

Quoi qu’il en soit, nous souhaitons continuer à porter, si nous sommes présent-es aux législatives ou non, quelques revendications présentes dans notre programme présidentiel :

  • Déprofessionnalisation de la politique : non cumul des mandats, salaire de l’élu à 2200€ net, révocation des élu-es, proportionnelle intégrale
  • Urgence sociale : SMIC à 1700€ net, interdiction des licenciements, 32H hebdo, retraite à 60 ans
  • Urgence écologique : sortie du nucléaire, arrêt des GPII, transports en commun gratuits, agriculture biologique et paysanne
  • Politique internationale : autodétermination des peuples, soutien aux luttes anticolonialistes, soutien à la révolution syrien (Bachar ! Daesh ! Dégagez !).

Sur ces bases, nous acceptons de discuter avec les autres composantes à la gauche du PS (PCF, FI, Ensemble, LO) pour tenter de construire des candidatures communes. Mais nous ne nous rallierons à aucune candidature. Si un accord est trouvé, il doit respecter les positions et l’autonomie de chacun-e. C’est le B.A.BA d’un fonctionnement démocratique pour construire une société plus… démocratique. Par ailleurs, nous ne nous interdisons pas de nous présenter sous l’étiquette NPA ou de faire l’impasse sur ces élections.

7. En guise de conclusion. La campagne de Philippe Poutou et du NPA est réussie en terme d’investissement militant et d’écho médiatique. Mais cela ne s’est pas traduit électoralement. C’est un signe du manque de crédibilité que nous inspirons (lire le chapitre consacré dans ce texte : http://www.contretemps.eu/president...). Il y a encore du travail de notre côté pour permettre l’expression politique de celles et ceux d’en bas sans filtre « politicien ». Le NPA 86 souhaite toutefois continuer de populariser ces thèmes. Il est urgent que les travailleur-ses, les jeunes, les femmes, les LGBTI, les chômeur-ses, bref, tou-tes les exploité-es et les opprimé-es, trouvent les forces de se rassembler et d’exprimer une parole politique émancipatrice commune. Ensemble, nous sommes une force qui peut bouger des montagnes. Nous devons gagner confiance en nous, en notre capacité à changer le monde.

Le NPA organisera dans les prochaines semaines un événement politique sur le département pour débattre de la question de la conscience de classe et de son expression politique.


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