NPA 86

Le collectif du 8 mars s’explique sur son action concernant les Bitards

mercredi 28 mars 2018 par redac-npa86

« Quand une féministe est accusée d’exagérer, c’est qu’elle est sur la bonne voie »

Christine Delphy,

(Chercheuse du CNRS depuis 1966 dans le domaine des études féministes ou études de genre pour celles et ceux qui ne le sauraient pas)

C’est marrant (pris dans le sens « étonnant », parce que drôle ça ne l’est pas) comme très vite, quand il est question de remettre en cause ce que l’on pourrait sans trop se tromper qualifier d’institution masculine, les réactions sont immédiates et vives ; les attaques dénigrantes et grossières. Le nombre des messages et l’agressivité de certains d’entre eux reçus sur la page Facebook du collectif 8 mars, sont éloquents : notre action a dérangé…

Si nous analysons ces commentaires, il en ressort que nous ne savons pas de quoi nous parlons et sommes complètement déconnecté-es de la réalité ; que bien sûr que non les Bitards ne sont pas sexistes ; qu’il n’y a aucun lien entre les bitards et les chiffres que nous donnons sur les inégalités femmes/hommes ou les violences faites aux femmes et que nous ferions mieux de nous attaquer à de vrais sujets plutôt que d’aller enquiquiner ces joyeux étudiants qui aiment seulement faire la fête !

Nous ne répondrons bien sûr pas à chacun des commentaires, mais donnerons quelques pistes de réflexion en guise de réponse aux principales critiques qui nous ont été faites.

Mais avant, quand même rappeler que l’objet de notre action a été en direction de la municipalité de Poitiers afin qu’elle ne soit plus partie prenante des activités de l’Ordre du Bitard (en versant une subvention, en autorisant que la ville de Poitiers soit rebaptisée « Bitard bourg ») dès lors que nous estimons que les pratiques et les expressions de cette association sont sexistes. Rappeler aussi que le Président de l’Université, membre du conseil municipal a précisé, suite à notre intervention, que l’université ne versait plus de subvention à l’Ordre du Bitard, parce que cette association a des pratiques contraires aux valeurs portées par l’Université.

Dire enfin, que ce ne sera pas la première fois que nous tentons d’argumenter sur ce sujet, et que ce ne sont pas aux bitards eux-mêmes à qui nous nous adressons mais à celles et ceux qui suite au déferlement d’agressivité sur Internet se posent des questions.

Passer plusieurs fois par jour pendant une semaine devant les pancartes de Poitiers renommée Bitard Bourg (Bite à rebours ? Bite à rebourre ?) est violent, passer devant le phallus géant sur le campus est violent, entendre les chansons paillardes sans l’avoir demandé est violent, faire en sorte que les institutions participent à la recherche d’une société plus égalitaire est urgent !

Nous ne savons pas de quoi nous parlons ?

Comme nous ne sommes ni bitards, ni bitardes, notre première source d’information est le site officiel de l’ordre du Bitard : https://ordredubitard.fr/ordre

Dans la rubrique les apparats, on trouve :

"Chaque membre de l’Ordre du Bitard (L.S.T. !) porte la faluche, couvre-chef traditionnel des étudiants en France, ainsi qu’une cape."

Du coup, on se demande ce qu’est une faluche, on cherche donc et on trouve le site officiel de la Faluche http://faluche.info/ et en introduction :

« À l’origine, « faluche » est le nom du béret porté par plusieurs traditions estudiantines, notamment les bitards, les basochards et les faluchards. »

On y apprend qu’il existe un nouveau code complet de la Faluche (1988) Et en se renseignant sur ce qu’est ce nouveau code. On trouve là : https://corpomedtours.fr/vie-etudia...

Article 12 :

Tout étudiant ayant, au cours de sortie, repas ou soirée, tiré un coup en bonne et due forme, devra mettre à l’intérieur de sa faluche :

· une carotte, signe de son acte valeureux et digne du grand baisouillard qu’il est

· pour une pipe dûment accomplie : un poireau

· pour l’enculage : un navet

· pour un cunnilingus : une betterave

Ceci sous l’oeil attentif des anciens, dignes contrôleurs des actes accomplis. Ils contrôleront en particulier que l’étudiant était sorti couvert. Pour tout dépucelage, il aura droit, suivant l’endroit, à deux légumes placés en X. En espérant voir les faluches se transformer durant les années estudiantines, en de véritables potagers.

Bon, il n’est dit nulle part que l’Ordre du Bitard n’applique pas le code de la faluche mais comme on n’est pas obtues, si on nous dit que l’Ordre du Bitard n’applique pas le code de la faluche (étonnant pour une confrérie qui se dit perpétuer la tradition), on veut bien le croire. Pas de pratique d’acquisition de trophées sexuels donc ? Tant mieux, c’est déjà ça. Mais si vous connaissez des bitard-es dites leurs : « Hé les gars (parce que c’est des gars qui sont en responsabilité) mettez votre site à jour, ça évitera à celles et ceux qui n’y connaissent rien de croire n’importe quoi… »

Non les bitards ne sont pas sexistes ?

Là, désolé-es, mais nous n’avons rien à ajouter au texte que nous avons lu au conseil municipal de Poitiers et notamment l’extrait suivant :

Trouvé sur le site officiel de l’ordre des Bitards :

« L’invention de la femme étant quelque chose d’extrêmement récent, les scientifiques de l’Ordre du Bitard se posent encore la question de l’avenir réservé à celles-ci. En attendant que la question soit tranchée, ces dernières disposent du statut de Chabousse leur permettant d’observer les évènements de l’Ordre en toute sécurité sous la responsabilité de la Grand-Capière ». Et de préciser : Chabousse : Trou laissé dans la terre lorsque l’on en retire une carotte… Classe, non ?

Mais en Poitou, le terme Chabousse désigne aussi les fanes des légumes dont on mange les racines et par extension la touffe des poils du Pubis.

Trou, touffe de Poils pubiens, nous hésitons… laquelle de ces deux désignations est-elle la plus dégradante ?

Il n’y a aucun lien entre les bitards et les chiffres que nous donnons sur les inégalités femmes/hommes ?

Dans l’extrait sus cité du site officielle de l’Ordre du Bitard, la domination masculine apparait très clairement : ce sont les scientifiques de l’Ordre du Bitard qui trancheront la question de l’avenir réservé aux femmes (inventées récemment) mais, en attendant elles ont quand même l’autorisation d’observer les évènements de l’Ordre. (Tout comme elles avaient le droit d’observer leur mari aller voter jusqu’en 1944 ?)

Or, c’est le système de domination masculine, ou patriarcat, qui freine l’accès à l’égalité des femmes et des hommes. Cette domination repose sur l’idée/l’idéologie que c’est l’homme qui pourvoit fondamentalement aux besoins de la famille et que la place naturelle et principale des femmes se situe dans la famille en tant que femmes au foyer. Dès lors, si les femmes sont insérées dans le monde du travail dans les périodes d’expansion économique elles sont expulsées en période de récession ou de crise. Cette insertion dans le monde du travail est partielle, temporaire et inégale : Les femmes se situent dans les couches et fonctions les moins payées, subordonnées (pas dirigeantes), dans les secteurs « féminins » des services, de la reproduction sociale (moins valorisés) qui sont dans le prolongement des fonctions « naturelles » de soins que les femmes exercent au sein de la famille : éducation, nettoyage, restauration, accueil, santé,...

Les femmes elles-mêmes ont intériorisé leur infériorité et la « naturalité » de la suprématie masculine. C’est souvent un obstacle à leur libération et à la solidarité entre femmes. Ce n’est pas en laissant penser que quelques hommes faluchés vont décider de leur avenir que l’on va lutter contre ces stéréotypes.

Voilà, enfin pas d’inquiétude, nous sommes présent-es sur bien d’autres sujets aussi.

Le collectif 8 mars

Le 28 mars 2018


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