NPA 86

Le Blanc (36) : "La séquence qui s’ouvre à présent pousse les partisan.e.s de la maternité soit à vouloir radicaliser le mouvement, soit à baisser les bras."

jeudi 4 octobre 2018 par redac-npa86

Il y a quelques semaines de ça, un article paraissait dans l’Anticapitaliste n°443 et il traité de la bataille pour la réouverture de la maternité du Blanc. Le couperet est tombé : accoucher au Blanc sera de l’histoire ancienne.

Le coup de massue

En effet, lundi 1er Octobre se tenait dans les locaux de l’hôpital de Châteauroux une mission d’audit pour traiter le cas du service de maternité blancois toujours en fermeture "temporaire". Un rapport d’experts, mandaté par l’ARS Centre Val de Loire, préconise "la fermeture de la maternité du Blanc et son remplacement par un centre périnatal de proximité avec le recrutement d’un gynécologue obstétricien pour porter le projet". Pour justifier ce choix, le rapport parle d’"effectifs de la maternité du Blanc insuffisants" et de "perspectives de recrutement trop incertaines". Un scandale quand nous savons que des candidatures ont été envoyé sans que les personnes n’obtiennent de réponses (la Nouvelle République de l’Indre avait rédigé un article où ils avaient retrouvés des demandeurs pour travailler sur le site du Blanc). Et puis comble de l’horreur, quelques jours avant cette réunion, une annonce de recrutement avait été trouvée sur le net faisant entendre que la maternité de l’hôpital du Blanc serait très rapidement transformée en centre périnatal.

Les choses sont claires à présent, et face à un rapport de seize pages, il est difficile pour les partisan.e.s de la sauvegarde de ce service de démonter les arguments en cinq minutes lors d’une réunion où l’on sait que les experts, l’ARS et la direction de l’hôpital Châteauroux-Le Blanc sont de mèche.

Du coup, si rien ne change, la fermeture sera définitivement actée fin octobre.

Une détermination à toute épreuve

Et il faut dire à quel point cette lutte est longue et connaît des rebondissements. Les actions sont de plus en plus visibles et l’implication de maires ruraux, souvent de très petites communes, donnent un caractère particulier au combat.

Lorsqu’une cinquantaine de photos officielles du président Macron sont déposées devant la sous-préfecture en signe de protestation, cela relève de l’inédit.

Cela va même plus loin, lors de l’audit dont il est question au début de l’article, une vidéo tourne sur les réseaux sociaux où l’on voit des élu.e.s de petites communes brûler des portraits d’Emmanuel Macron dans un cendrier. Un geste fort qui ne relève pas seulement du coup d’éclat, mais qui exprime la colère profonde face à une affaire scandaleuse montée de toutes pièces et un mépris du monde rural qui est à l’image la politique du président.

Enfin, suite à cette réunion bien ficelée d’avance, sous le coup de l’émotion, des élu.e.s de la mairie du Blanc ont déclaré qu’ils.elles démissionneront du conseil municipal. A l’heure où ces lignes sont écrites, nous ne savons pas si cela sera officialisé. Il y aurait des discussions pour tenter de faire un "effet de masse" avec peut-être d’autres élu.e.s voisin.e.s.

Mais on ne peut pas comprendre la colère des maires si on ne parle pas non plus des actions de leurs administré.e.s qui créent une motivation mutuelle pour se battre. Parmi les "opérations coups de poings" récentes organisées par le collectif CPasDemainLaVeille, il y a ce défilé surprise de trente femmes sur le site castelroussain en tenue de "servante écarlate", inspirée de la série "The Handmaid’s Tale". Un geste symbolique qui montre que fermer une maternité c’est d’une certaine manière s’attaquer aux droits et au corps des femmes.

Notons aussi le cadenassage de la sous-préfecture par des membres du collectif (réalisée dans la nuit du 3 au 4 octobre et en réponse au cadenassage de la maternité) avec comme mot d’ordre : "l’Etat nous cadenasse, on cadenasse l’Etat".

Et maintenant, que faire ?

La séquence qui s’ouvre à présent pousse les partisan.e.s de la maternité soit à vouloir radicaliser le mouvement, soit à baisser les bras. Après plusieurs semaines pour certain.e.s voire plusieurs mois de bataille pour la plupart, le coup porté peut sembler dur à encaisser. Des messages d’usager.e.s sur les réseaux sociaux montrent à quel point ce combat va plus loin que la défense d’une maternité. Pour certain.e.s c’est un ancien lieu de travail, d’anciens souvenirs (heureux pour la plupart), la peur que la gangrène de la fermeture des services se développent sur le site du Blanc... Mais toutes et tous s’accordent sur l’idée que c’est le monde rural qui doit se battre pour riposter aux attaques tous azimuts sinon au risque de mourir. En effet, une autre lutte en parallèle se mène depuis la parution du rapport Spinetta : la sauvegarde de la gare SNCF d’Argenton-sur-Creuse. Le comité de défense de cette dernière a organisé le 22 septembre une manifestation rassemblant aux alentours d’un millier de personnes rappelant qu’il est primordial de se mobiliser pour maintenir les connexions avec d’autres gares dont celle de Paris-Austerlitz. Un cortège de ce comité a participé une semaine auparavant à une manifestation de soutien à la maternité du Blanc.

Lors des ces mobilisations on peut voit apparaître des personnes comme François Jolivet (député LREM) ou encore Michel Sapin (ancien maire d’Argenton-sur-Creuse mais aussi et surtout ancien ministre de l’Economie et des Finances sous Hollande). Ces gens-là, une fois à Paris votent, décident des lois et font semblant de se battre localement contre le feu qu’ils ont allumé. Il est temps d’arrêter avec ces pompiers-pyromanes et leur présence ne plaît guère à tout le monde. Mais il serait malheureux d’oublier de parler de Gil Averous, maire de Châteauroux et président du conseil de surveillance du Centre hospitalier, silencieux sur l’avenir de la maternité du Blanc pendant plusieurs semaines et qui, quelques jours avant la parution du rapport des experts, signe enfin la pétition de soutien ! Dans cette affaire on a surtout l’impression d’être pris pour des idiots à tous les niveaux.

Alors en fonction de la situation et de nos capacités, des tenants et des aboutissants, quelle stratégie adoptée à présent ? On peut déjà observer que les élu.e.s, peut importe qu’ils ou elles soient sincères dans leur combat ou bien qu’ils et elles cherchent à redorer leur blason, ne pèsent pas bien lourd dans la balance du rapport de forces.

La création du CollectifCPasDemainLaVeille a été une bouffée d’air frais car il y avait un manque d’actions, de radicalité dans la bataille pour la maternité les années précédentes. Ce collectif composé d’habitant.e.s locaux auto-organisés ont démultiplié leurs énergies afin qu’on parle du soutien de la maternité tous les jours et pas seulement à travers la bouche d’élu.e.s (se baladant de réunions en réunions), puis en participant en retour à la manifestation en soutien à la gare d’Argenton-sur-Creuse.

Et elle est certainement ici la solution, la convergence de toutes les batailles locales pour qu’elle se transforme en ras-le-bol général d’une politique qui casse les services publics et accentue la mort de nos campagnes.

Le collectif a annoncé à sa manière sur les réseaux sociaux que la bataille n’est pas terminée et qu’il faut résister. Ce que nous avons envie de dire à celles et ceux qui veulent résister coûte que coûte, c’est de saisir de toutes les occasions pour parler des divers combats dans une volonté de créer le "tous ensemble". Ca passera notamment par les manifestations interprofessionnelles et intergénérationnelles du 9 octobre pour montrer au gouvernement et aux décideurs des différentes strates des institutions que nous n’acceptons plus d’être méprisé.e.s dans le monde du travail, dans notre recherche d’emploi, sur nos lieux d’études, dans notre système de santé ou de transport.

Antoine Godon pour le NPA 36


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